Naissance à Paris le 27 mars 1851 de Paul Marie Théodore Vincent d'Indy, issu d'une famille de la noblesse vivaroise. Rapidement orphelin, il est pris en charge par sa grand-mère, Rézia d'Indy, qui l'élève dans une rigueur excessive, mais avec l'amour de l'art et de la musique en particulier. Dès l'âge de 13 ans, il travaille l'harmonie avec Albert Lavignac et découvre la terre de ses ancêtres. En 1867, le Traité d'orchestration de Berlioz provoque l'étincelle qui allume sa passion musicale : Meyerbeer est alors son compositeur d'élection. Il s'éprend l'année suivante de sa cousine, Isabelle de Pampelonne, ainsi que des Cévennes où celle-ci demeure : "c'est là que pour la première fois j'ai goûté le beau et entrevu l'idéal". Vincent l'épouse en 1875.

 

Après s'être engagé comme combattant volontaire en 1870, il devient le plus jeune membre - puis le secrétaire (1876) - de la toute nouvelle Société Nationale de Musique. En octobre 1872, il va trouver le professeur de son ami Henri Duparc et lui demande des leçons : il s'agit de César Franck. D'Indy sera son élève particulier durant cinq années (dont deux de façon soutenue), puis - de janvier 1874 à septembre 1875 - suivra les cours de la classe d'orgue du Conservatoire. En 1876, c'est la révélation de la Tétralogie de Wagner dont il rédige un compte rendu enthousiaste mais tout à fait lucide. Ses compositions remarquées (en particulier pour leurs qualités d'orchestration), son influence grandissante dans la vie musicale parisienne font rapidement de Vincent d'Indy un personnage incontournable. Après les authentiques chefs d'œuvres que sont Wallenstein et Saugefleurie, il s'affirme avec Le Chant de la Cloche (joué en 1886) comme le vrai chef de file de la nouvelle Ecole française.

 

Fervaal, où grondent les forêts cévenoles, est représenté en 1897 avec un formidable retentissement : c'est la renaissance de l'opéra français, une réponse admirable et déjà personnelle au drame wagnérien. Car d'Indy considérait Le Chant de la Cloche - en dépit d'une orchestration berliozienne - comme sa principale œuvre influencée par le maître de Bayreuth. Joseph Cantelouble l'a d'ailleurs parfaitement démontré : l'instrumentation de Fervaal, l'enchaînement des tonalités, l'introduction de la monodie grégorienne, le rôle du rythme, celui (prépondérant) donné à la voix, sans parler même de "la substance musicale, de l'inspiration, de la sensibilité", appartiennent à des caractéristiques bien françaises, ou sont des innovations apportées par d'Indy. L'Etranger (salué par Fauré, Debussy, Dukas ou Magnard) puis La Légende de Saint-Christophe ("le chef d'œuvre d'un Maître") ne feront que confirmer la dimension et toute l'originalité du compositeur. Le temps n'est peut-être pas si éloigné où l'on ne jugera plus ces ouvrages sans en connaître la musique : ils reposent, attendant d'irradier, ainsi que de fabuleux trésors enfouis.

 

Fondée en 1896 par d'Indy, Charles Bordes et Alexandre Guilmant, la Schola Cantorum fut d'abord une "école de chant liturgique et de musique religieuse" s'appliquant à la restauration de la tradition grégorienne, à la création d'une musique religieuse moderne respectueuse de la liturgie, comme à l'exécution et à la publication d'un patrimoine tombé dans l'oubli (Monteverdi, Schütz, Campra, Destouches, Clérambault, Rameau, Gluck notamment). Grâce au travail inlassable de Vincent d'Indy - professeur de contrepoint, de fugue et de composition - l'école étend son activité à la musique profane, dispose d'un orchestre, d'une chorale et d'un bureau d'édition, et devient une alternative au Conservatoire de Paris. Le musicien tentera, sa vie durant, d'y perpétuer l'enseignement de son maître : "notre vénéré père Franck est un peu le grand-père de cette Schola Cantorum ; car c'est son système d'enseignement que nous nous efforçons de continuer et d'appliquer ici." Elle sera "l'œuvre aimée de [sa] vie d'artiste".

 

Fidèle et passionné dans ses convictions artistiques, Vincent d'Indy l'était aussi en amitié. Amitié de la première heure avec Henri Duparc, amitiés avec Ernest Chausson et Guillaume Lekeu dont il complète les oeuvres inachevées, amitié surtout avec Guy Ropartz, ce dont témoignent les 170 lettres recensées à ce jour. Et tous ces créateurs réfléchissent sur leur art, s'influencent les uns les autres. La création posthume du Roi Arthus de Chausson au Théâtre de La Monnaie de Bruxelles constitue un exemple frappant du dévouement désintéressé de d'Indy : répétitions des interprètes, réglages de l'orchestre, conseils au chef, mise en scène, examen des costumes, il alla jusqu'à refuser de faire représenter son nouvel opéra (L'Etranger) afin de contraindre les directeurs de l'établissement à monter Arthus. Après tous ces efforts, il peut enfin conclure : "Moi, j'ai bien travaillé, je crois que ma présence a été utile à l'oeuvre de Chausson. J'aurai bien fait tout ce qu'il fallait".

 

Isabelle de Pampelonne meurt en 1905 : c'est l'époque du poème Souvenirs dont la musique si bouleversante suffirait à placer son auteur au rang des plus grands. Quinze ans plus tard, d'Indy se remarie avec Caroline Janson et fait construire à Agay sa demeure estivale, sur les bords de la Méditerranée. Ses dernières compositions sont marquées par un style ensoleillé, volontairement à contre-courant des tendances contemporaines, où les pièces de musique de chambre dominent largement. Il s'éteint à Paris le 2 décembre 1931.